Norway pharmacy online: Kjøp av viagra uten resept i Norge på nett.

Jeg kan anbefale en god måte for å øke potens - Cialis. Fungerer mye bedre kjøp priligy Alltid interessant, disse pillene og andre ting i Generelle virkelig har helse til å handle.

Haut_vol_odilecornuz_fr

Gloria, énorme, la soixantaine.
Irena, blonde cinquantenaire portant une minijupe turquoise.
Véronique, quarante-cinq ans, svelte, marquée.
Andrew, 37 ans, richissime, fatigué.

Gloria.
Je m’appelle Gloria Palmer Putnam. J’habite New York.
Irena.
Irena Warwick. Je vis avec mon mari à Reading, Angleterre.
Véronique.
Je suis Véronique Duborgel. J’élève seule mes neuf enfants.
Andrew.
Mon nom est Lahde, Andrew Lahde.
Un temps. Comme dans les cercles de parole, il faut bien qu’une personne prenne l’initiative
pour briser la glace. Irena se lance, athlétiquement.

Irena.
Un et deux et trois et quatre et cinq et six et sept et huit. En Tchécoslovaquie aussi les gens
font aérobic. Je fais aérobic tous les matins. Ceux qui vivent de l’autre côté ont peine à croire.
C’est le seul moment de moi dans le jour, après amené les enfants à l’école. Jolie tenue de
gymnastique. Maquillage waterproof. Un et deux et trois et quatre et cinq et six et sept et huit.
Et un et deux et trois et quatre et cinq et six et sept et huit. Avec sourire ! Et un et deux et trois
et quatre et cinq et six et sept et huit. Aujourd’hui nous accueillir un nouveau. Il vient de
l’Angleterre et fait cours une semaine. Kevin. Un et deux et trois et quatre et cinq et six et sept
et huit. Seul homme du cours. Kevin. Sourit. Parle que anglais. Fin de la semaine donne un
petit mot pour moi. J’ai chaud.
Six mois après il revient. Mes enfants sont chez la grand-mère à Karlovy Vary ; mon mari
voyage pour le travail. Kevin propose une soirée ambassade. L’ambassade d’Angleterre !
Jolie tenue de soirée. Maquillage waterproof. Mots anglais contre mots tchèques. La lune,
Prague la nuit avec l’étranger, douceur de tout, liberté. Kevin.
A Noël on dit aux familles qu’on veut vivre ensemble. Je prends ma fille en Angleterre. Mon
fils reste avec le père. Kevin quitte sa femme et deux enfants. Je prends le cours d’anglais. On
se marie. Ma fille repart en Tchécoslovaquie. Kevin est un scientifique. Tout va très vite.
Véronique.
L’Œuvre m’a avalée toute entière. Sancta Maria, spes nostra, ancilla Domini, ora pro nobis :
pour les femmes. Sancta Maria, spes nostra, sedes Sapientiae, ora pro nobis : pour les
hommes. Pour les femmes la servante du Seigneur. Pour les hommes le siège de la Sagesse.
Dieu Travail Vie sociale Famille. Comment ? Soumise à son mari et soumise à l’œuvre. C’est
la règle. Pas de contraception. Une contribution mensuelle. Quatre cent euros environ.
L’accomplissement du devoir conjugal. Sexe réglementaire et ménage à faire. Pas de
considération pour les enfants avant l’âge de huit ans. Au moment où ils peuvent commencer
à raisonner et à prier. Non plus seulement à faire du bruit pendant la messe.
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive Irena.
Je trouve un job, deux ans après. Deux ans pour apprendre la langue, sans trop accent. Je suis
engagée en secrétaire. Je trie les papiers, j’écris les lettres, emails, je téléphone. Jolie tenue de
travail. Maquillage waterproof. Poste temps partiel. Pas loin le laboratoire de Kevin.
Autrement je m’occupe de maison.
Gloria.
Oh Lord. C’est une maison qu’il me fallait.
Irena.
Kevin est souvent dans le laboratoire : soir, week-end aussi. C’est la passion. Des fois je vais
avec dans ses voyages. New York, Philadelphie, Boston, Montréal… On rencontre les gens
importants. Davos aussi. On mange en face de Bill Gates. Sur l’escalier je touche archevêque
Desmond Tutu. Kevin regarde souriant. De Prague à Davos, il répète, de Prague à Davos…
Quand on joue Monopoly je toujours gagne. Il dit pas pire capitaliste que les anciens
communistes. Je tiens par le bras. Je lâche pas. Kevin est courage. Les autres scientifiques
usent les rats, les chats, les singes. Pas besoin de réfléchir, les animaux sont expérience. Kevin
fait cobaye. Il doit tout préparer très bien. C’est lui. C’est son corps. C’est un peu moi aussi.

Véronique.
Moi j’ai sifflé à Rome.
Irena.
Moi jamais je siffle. Je sais pas.
Gloria siffle, puis continue à siffloter jusqu’à sa prochaine réplique.

Véronique.
Siffler c’est entrer dans l’Ordre, en jargon. C’est appeler la vocation de ses vœux. C’est
répondre à l’appel de sa vocation. J’avais vingt ans. On m’a fait comprendre que j’étais
appelée. Dès que j’ai sifflé on m’a fait entrer dans le rang. Sancta Maria, spes nostra, ancilla
Domini
, ora pro nobis. Pas de fantaisie vestimentaire. Pas de pantalon c’est provocant. Pas de
décolleté ni de bras nus la chair est vile. Fond de teint et rouge à lèvres. La façade doit être
parfaite. L’appartement propre.
Gloria.
Une maison, pas un appartement.
Véronique.
L’appartement propre et rangé. Sur le chemin de la sainteté. Ancilla Domini.

Gloria.
C’est une maison, pas un appartement qu’il me fallait : une maison. Oh Lord.
Véronique.
Mon mari appartenait déjà à l’Œuvre. Je ne le savais pas. Je l’ai appris après avoir sifflé. De
retour de Rome. Il était très heureux. Il exultait. Excité comme un pou. Le plus beau jour de
sa vie. Et moi je ne savais pas pourquoi j’avais sifflé. L’atmosphère. Les filles autour de moi
bien intentionnées. Rome. Les gelati. L’apparition du Pape au milieu de la foule. Déjà hors de
moi. Je le regardai exulter. Je le sentais me prendre dans ses bras et déjà mon corps n’était
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive plus mon corps. Soyez un foyer lumineux et joyeux. Nous nous étions à peine unis. Je le
connaissais mal. Et voici l’injonction. Soyez un foyer lumineux et joyeux.
Irena.
Première opération je ne suis pas vraiment pour. J’avoue. Ouvrir la peau quand tout va bien…
pas diabète, problèmes de reins ou cœur. Un homme de bonne santé physique et dans la tête et
drôle. Il a le sens d’humour, Kevin. Il a la passion pour la science. Je respecte. Je comprends à
la fin. Et Kevin revient avec la puce électronique dans le bras. Je bois la Berechovka à sa
santé. Il prend les antibiotiques. Il regarde moi boire. Je dis comme ça il peut commander
aspirateur et le lave-vaisselle. Il trouve moitié drôle. Je dois prendre la puce sérieux. Au lit il
ne sait pas comment tenir son bras. La puce tient dans un truc de verre. Faut pas la casser…
Les jours après il passe seulement coup de vent. Ça rappelle mon fils, adolescent : part sans
dire au revoir, claquer la porte. Avec la puce les objets du bureau le connaissent. Lumière
allumée quand il entre dans la pièce, l’ordinateur aussi. La voix qui dit bienvenue. Kevin aime
beaucoup. Il oublie de rentrer le soir. Il dort au labo sans dire. Je pense un moment qu’il y a
autre chose que la puce dans sa vie… Quand il la sort je me sens mieux. Il rentre de nouveau
le soir normal, un peu dans les pensées. J’ai mon homme à la maison.
Gloria.
Une maison, pas un appartement, c’est une maison qu’il me fallait. Oh Lord. Il me fallait une
maison. Une maison où vivre, un toit au-dessus de ma tête. Avant j’ai vécu dans des
appartements : 429 3rd Street et 2745 29th Street NW, apt. 404. Le premier au sous-sol d’une
maison avec mes frères et sœurs dans une chambre, mes parents dans le salon ouvert sur la
cuisine, le canapé qu’on déplie chaque soir et replie chaque matin. 429 3rd Street. On trouvait
ça amusant, les gosses. Nos parents ne se plaignaient jamais. Oh Lord. Jamais on n’aurait pu
imaginer que l’appartement était petit ; notre lieu de vie, là où on dormait, là où on mangeait,
là où on pleurait – que ce lieu était petit ça ne nous avait pas traversé l’esprit une seconde. On
vivait comme ça, au 429 3rd Street. On couchait dans le même lit avec mes sœurs, les garçons
dans le leur. Après le repas, quand on avait de la chance, serrés dos au mur, on attendait
l’histoire. Six gosses qui ne pensaient qu’à rire et rêver, jamais trop loin des parents, dans
deux pièces rendues vastes par l’amour. Deux pièces, 429 3rd Street : un appartement, une
famille de huit. Petit. Carrément étroit.
Véronique.
Lever du matin la minute héroïque ça veut dire d’un bond hors du lit. Serviam. Puis la douche
froide en guise de première mortification. Serviam. « Puisque tu sais que ton corps est ton
ennemi et l’ennemi de la gloire de Dieu, parce qu’il l’est de ta sanctification, pourquoi le
traites-tu avec tant de mollesse ? »
Irena.
Pourquoi le corps ennemi ?
Véronique.
C’est ce qu’ils disent. Vingt minutes de lecture spirituelle. Vingt minutes de méditation.
Lecture de la Bible. Récitation du chapelet. Angelus. Bénédicité. Je vous salue Marie. Prière
d’action de grâces.
Examen de conscience. Deux heures de dévotion par jour. Serviam.
« N’oublie pas que tu es la boîte à ordures. C’est pourquoi, si le divin Jardinier te choisit, s’Il
te décape, te nettoie, et s’Il place en toi des fleurs magnifiques, ni les parfums ni les couleurs
qui parent ta laideur ne doivent te rendre orgueilleux. Humilie-toi ; ne sais-tu pas que tu n’es
que la poubelle ? »
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive
Gloria.
Oh Lord.
Irena.
Qui c’est la poubelle ?
Véronique.
La journée qui se déroule. Les obligations. La routine. Ce qu’on doit faire sans réfléchir.
Obéir. Répéter. Prier dans la file d’attente du supermarché. Marmonner le chapelet dans la
voiture en allant chercher les enfants. Réajuster sa jupe. Surtout ne pas contrevenir aux
conventions. Se recoiffer. Sourire en exemple. Serviam. Un plan de vie vers la sainteté.
Confession obligatoire. Se creuser la tête. Tous les jours à la messe. Et les enfants qui suivent.
Qui se suivent. Qui naissent et ne se ressemblent pas. J’enfante à neuf reprises. Neuf enfants
que j’aime et chéris. Qui m’aident à tenir le coup. Serviam.
Irena.
Il fait le titre des journaux avec l’expérience. Hello, Mr. Chip ! c’est la favori. Il affiche sur la
porte des toilettes. La télévision, la radio, tout le monde veut parler avec. Il boit même la
vodka avec Gary Kasparov. Il doit chercher l’argent pour ses recherches. Il fait très bien. Il
explique : il faut trouver la grande entreprise qui veut mettre l’argent dans la recherche, voir
ce qu’elle a besoin, proposer quelque chose avec une équipe toute prête – si le feu est vert ça
va vite. Il reçoit des millions comme ça. Kevin crée les emplois. Une petite entreprise et lui
c’est le patron. Les gens ça intéresse. Les artistes aussi comme Steve Reich. Musique sans
musique. Il vient au labo pour enregistrer. Kevin dit qu’il aime mieux Kylie Minogue.
Gloria.
Kylie Minogue ? Oh Lord.
Irena.
Il reste simple Kevin.
Gloria.
Oh Lord.
Véronique.
Mon mari fait du zèle. Il gravite dans les cercles masculins. J’anime des cercles féminins.
Nous ne savons rien des activités de l’autre. Nos enfants sont confiés à des centres de l’œuvre.
Nous partons en vacances à El Tozal. Tout est parfait. Il me gifle à la moindre contrariété.
Tout est parfait. Il se force un chemin en moi. Tout est parfait. Je porte ma croix. Soyez un
foyer lumineux et joyeux. Je suis une mère modèle.
Gloria.
Ma mère son espace c’était son peigne. Il ne fallait pas y toucher. Son seul moment d’intimité.
Le peigne posé sur le rebord de l’étagère de la cuisine. Là et pas ailleurs. Bien aligné. Si on y
touche la terre tremble, le visage de ma mère se fissure, le cri qui sort de sa bouche est vissé à
ses entrailles. Sous le peigne c’est l’entrée des enfers qu’elle seule peut ouvrir sans risquer de
disparaître. Oh Lord. Ma mère s’en approche chaque jour avec cérémonie. Il y a toujours deux
minutes pour le peigne. Elle dénoue son tablier. Elle inspire en fermant les yeux. On se tait.
Elle porte sa main droite dans ses cheveux, relève la tête, soupire, fait un pas. Comment peut-
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive elle encore une fois empêcher les monstres de hurler, les dompter d’un geste, les repousser
d’un peigne ? Elle le saisit, l’extrait de sa housse, passe son index sur la tranche puis sur les
dents d’écaille, traverse toute sa chevelure les yeux mi-clos puis donne quelques petits coups
précis, remodèle son visage, très vite replace le peigne dans sa housse sur l’étagère, fait un pas
de côté, renoue son tablier, reprend son ouvrage là où elle l’avait suspendu. Oh Lord.
Véronique.
Au moins deux nouvelles recrues par année. Pour une bonne fécondité apostolique. En deçà
c’est suspect. Exige alors de remettre en cause sa vocation. Je remets en cause ma vocation.
C’est Satan paraît-il. Une de ses manigances pour m’attirer dans les affres de l’enfer. Si je ne
renouvelle pas mon appartenance à l’Œuvre. C’est Satan assuré. Rien en dehors de l’Œuvre.
Pas d’alternative. C’est ça ou Satan. J’ai désappris à penser. Je porte ma croix.
Gloria.
Oh Lord. Chacun a fait sa vie et elle y a crevé au 429 3rd Street, maman. Elle y a crevé toute
seule et il y faisait sombre comme d’habitude et quand je l’ai retrouvée les fleurs du vase
étaient pourries et c’est leur odeur que j’ai d’abord senti en entrant. Alors la 429 3rd Street est
devenue un cercueil. Du berceau au cercueil. A l’époque, j’étais au 2745 29th Street NW, apt.
404, l’appartement que je louais depuis que je travaillais au bar. Un autre quartier, un peu plus
chic. J’avais besoin de ça moi. Gosse je ne le savais pas, enfin gosse jusqu’à Emily Forman.
Emily elle avait une chambre rien que pour elle et deux sœurs aussi avec des chambres rien
que pour elles. Les murs de la chambre d’Emily étaient peints en rose parce qu’elle adorait le
rose. Le jour de son anniversaire, j’ai sonné à la porte et ses parents sont venus ouvrir.
Derrière eux un immense corridor dont je ne voyais pas le bout. Ils me demandent de les
suivre. La maman d’Emily me montre les toilettes – aussi grandes qu’une chambre. Elle me
conduit à la salle de jeux. Je suis la première. Emily ressemble à une princesse au milieu de la
salle. Elle veut me montrer sa chambre rose. En haut de l’escalier elle me dit là c’est la pièce
de couture. On prend deux poupées dans sa chambre et on redescend. Elle me guide jusqu’au
jardin d’hiver et sa plante préférée, un hibiscus rouge. S’il avait fait beau, on aurait pu prendre
le goûter sur la terrasse et jouer dans le jardin. Dommage, dit la maman d’Emily. Les autres
enfants arrivent. Je me sens toute vide.
Irena.
On va à Prague pour Noël avec maman, Petr et Lenka. On mange la carpe et la salade de
patates. Kevin repart vite pour les conférences. Je passe du temps avec mes enfants. Ils disent
que je parle tchèque avec accent anglais. Maman dit la même chose. Je pleure la nuit. Kevin
demande d’aller à Tokyo avec lui. Je dis non. Sa fille va à ma place. Je fais les allers-retours à
Prague. Mes enfants n’ont plus besoin de moi. Ils me font sentir. Ma place est en Angleterre.
Je retourne. Je reprends accent tchèque. Kevin ne pense qu’à l’expérience qui vient. Il est
dans Who’s who et Guinness book. On se parle plus presque.

Véronique.
Ma directrice spirituelle. Vous ne devez pas croiser les jambes à la messe. Vous devez vous
maquiller. Vous devez porter des tenues décentes. Vous devez faire des enfants. Pour l’œuvre
« chaque enfant vient avec un pain sous le bras. » Vous devez être soumise à votre mari. Le
soutenir dans sa foi. Porter votre croix. Toute discussion qui ne traite pas de Dieu est inutile.
Vous ne devez pas montrer vos émotions. Surtout pas votre tristesse. « Si vous agissiez
suivant les impulsions de votre cœur et celles que la raison vous dicte, vous seriez
continuellement face contre terre, prosterné comme un ver sale, laid et misérable devant ce
Dieu qui vous supporte ainsi. »
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive
Gloria.
Oh quel gâchis.
Véronique.
« Soyez reconnaissant, comme d’une faveur spéciale, de cette sainte aversion que vous
éprouvez pour vous-même. »
Gloria.
Oh Lord.
Véronique.
C’est ce qu’ils disent. Ils disent aussi : vous ne lirez pas Zola il est à l’Index.
Irena.
C’est quoi Index ?
Véronique.
C’est le doigt qui montre, celui qui dénonce.
Gloria.
Depuis Emily Forman j’ai compris. Les gens ont pitié de ceux qui manquent d’espace, ceux
qui vivent à huit dans un appartement de deux pièces. Ça chuchote autour et on attrape des
mots au vol comme insalubre, promiscuité, quart monde, pauvres : des insultes déguisées en
bons sentiments. Oh Lord. Ça vous gifle le cœur… et il est déjà trop tard. Le peigne a perdu
ses effets magiques. La porte de l’enfer est insaisissable et les chiens qui l’habitent aboient
sous votre fenêtre. Oh Lord. Quand j’ai pu me le permettre j’ai pris cet appartement au 2745
29th Street NW, apt. 404. Fini les poubelles qui débordent au coin de la rue, les talons qui se
cassent dans un trou du trottoir. Maman est venue une seule fois. Elle a regardé autour d’elle
en entrant et elle a dit comme ça que c’était trop grand pour moi, que je pouvais bien prendre
mon frère Andy ou alors Craig qui ne savait pas quoi faire de sa vie. J’ai dit que Craig pouvait
aller se faire voir et elle a fait demi tour en claquant la porte. Plus personne de la famille n’est
venu chez moi. J’ai commencé ma collection de peluches. Les premières, je les ai nommées :
Andy, Craig, Dave, Michelle, Pamela, Mum, Dad. Et ma mère a crevé seule au 429 3rd Street.
Irena.
L’implant ça prend plus de temps que prévu : Kevin impatient. Les projets en frein il aime
pas. Il veut des dates, les délais, un calendrier. Les problèmes arrivent : le matériel pas là ;
l’opération difficile ; le comité éthique de l’hôpital. Ça prend un mois de plus, et deux mois,
et six mois de plus. Un tigre dans sa cage. Moi j’ai peur : il veut connecter un ordinateur à le
système nerveux de lui. Et son cerveau ? Perdre toute l’intelligence fondue ? Trop le risque.
La date est le 9 février, son anniversaire – mais encore une fois du retard. Le chirurgien veut
encore exercice sur les côtelettes du porc et les nerfs d’agneau ; mains de cadavre c’est pas
possible. Ce sera la première fois sur l’homme. Encore. Kevin est très content. A la fin je me
réjouis avec. Il dit que je peux avoir un implant à moi, pour communiquer sans paroles, par le
système nerveux. Un peu comme aérobic, plus intense. Je dis oui.
Véronique.
Je rencontre un autre prêtre. Un prêtre normal. D’une paroisse catholique normale. Je m’ouvre
à ce prêtre de mes problèmes conjugaux. Il tient à rencontrer mon mari. Nous aider. Il
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive commence par me demander ce que je pense de notre situation. Mon mari répond à ma place :
elle ne pense pas. A ce moment précis toutes les gifles reçues et les nuits de sexe sans amour
me brûlent le cœur. Calcinée.
Irena.
Le jour avant l’opération, on fait balade, bowling, chinois à emporter. Le biscuit offert dit :
« Tout vient à point pour qui sait attendre. ». On va à l’hôpital tôt matin. On ne parle pas
beaucoup. Je bois le café. Il regarde moi boire. J’attends en bas. L’opération dure. Plus long
que prévu. Je ronge les ongles. Les doigts saignent. Il arrive blanc mais avec le sourire. Des
fils sortent du bras. Il veut tout de suite aller au labo. Excité comme le gamin à Noël. Trois
mois les expériences. Il est dans tous les journaux, à la télévision. Il voyage. New York. Il
teste tout. Il oublie presque l’implant à moi. Le médecin ne veut pas faire même opération.
Kevin trouve quelque chose plus simple. Pas l’implant mais une électrode ; pas l’opération
mais une aiguille dans la peau jusqu’à le nerf ; une journée seule. Rendez-vous chez le
médecin. Je prends congé le jour d’expérience. Je suis très la la la ! Je dors mal. Je fais
ménage à fond, escaliers de la cave aussi. Le matin on va chez le médecin. Jolie tenue
confortable. Maquillage waterproof. L’assistante gentille. Il dit c’est sans endormir. Je regarde
les aiguilles. Il veut mettre ça sous la peau sans endormir. Je serre les dents. Il commence. Je
dois dire si je sens quelque chose au bout des doigts. Il pique. Ça fait mal. Je sens quelque
chose au bout des doigts. Il n’est pas sûr touché le nerf. Il pique. Je vais évanouir. Je sens
toujours au bout des doigts. L’assistante sourit. Kevin tient ma main. C’est fini. Direct au
labo. Chacun connecté à l’ordinateur. Je ferme la main et chaque fois que je ferme Kevin doit
sentir quelque chose du système nerveux. Un deux trois quatre. Ça marche. Il sent chaque
mouvement de moi. On change de rôles. Ça marche aussi. Très tendre, sans voix. Fin du jour
on repart chez le médecin. Il reprend l’aiguille, ouf. Kevin achète le grand bouquet de fleurs,
un indien à emporter. On ouvre le vin aux systèmes nerveux.
Gloria.
L’agence Bird&Partners se trouve en face du bar. A la fin de mon service, je me posais
toujours devant leur vitrine pour regarder les maisons, les photos, les prix, les plans. Après le
décès de maman pour moi les appartements puaient la mort. Je suis entrée chez
Bird&Partners. Il me fallait une maison. Une maison avec une entrée juste pour moi. Un hall
où accrocher ma veste et ranger mes chaussures. Un escalier et des chambres à coucher à
l’étage, avec des salles de bains attenantes ; des WC séparés avec un petit lavabo en forme de
coquillage ; la cuisine ouverte sur le salon et la baie vitrée qui donne sur le jardin. Oh Lord.
Comment ne pas croire que j’y ai droit moi aussi ? Même sans avoir d’enfants ? Même sans
avoir d’argent ? Une chambre pour moi. Une chambre pour mes peluches. Ils ont été très
professionnels chez Bird&Partners. J’ai tout de suite eu le coup de cœur. L’agent m’a
encouragée : à votre âge, vous avez bien le droit, faites-vous plaisir, soyez moderne, vous
vous sentirez mieux ; l’espace vital, la lumière, le quartier. Tout était fait pour moi. Bye bye
429 3rd Street. Bye bye 2745 29th Street NW, apt. 404. Cette maison m’attendait depuis des
années. Oh Lord. L’argent ne devrait pas être un problème, Madame Putnam. Elle n’attendait
que moi. L’argent n’est pas un problème, Madame Putnam. Elle me tendait les bras. Vous
rembourserez plus tard, chère Madame Putnam. Chère Madame Putnam, qu’il disait. C’est
très simple. Signez là. Et j’ai signé. Vite. Trop vite. Comment ne pas y croire ? Oh Lord.
Véronique.
Je n’ai plus de mari. J’ai neuf enfants que j’élève seule. Leur père entend des voix. Ecrit des
récits mystiques. Je vais à la messe le dimanche. Je tente de nouer des amitiés. De vraies
amitiés. Non intéressées. Je réapprends à parler de moi. A cœur ouvert. A retrouver celle que
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive j’étais. Avant de le désapprendre. Je recherche mes goûts endoloris. Les couleurs. Les
vêtements. Les personnes que j’apprécie. Les conversations qui me plaisent. Je me
reconstruis. Sans l’Œuvre. Sans Satan. Juste moi. Ma foi. Mes enfants.
Irena.
Je sens dans ma chair. L’humain a les limites. Ça ne suffit pas : communiquer que par la
langue. Trop lent. Pourquoi pas s’améliorer ? Les recherches de Kevin sont pour l’humanité.
Pour la médecine… les conséquences ! L’avenir de médecine c’est pas chimique mais
électronique. On trouve les nerfs quoi stimuler pour être heureux. La guérison immédiate et
non pas le hasard comme là avec des médicaments. Plus dépression. Les paralysés marchent
de nouveau. On stimule avec électronique les membres plus reliés au cerveau par les nerfs.
Les handicapés debout devant les chaises roulantes. C’est le futur.
Kevin fait le cobaye des expériences. Il va bien. Vous regardez en face, vous observez tout
près, vous pouvez voir : il va bien. Après les expériences, le système nerveux sur internet, il
va bien. Il teste pour vous. Il offre. Il améliore. Moi j’offre à lui.
Dans les plusieurs années le monde est commandé par les hommes améliorés. Les humains :
plus que la sous-espèce. Imagine un humain approche un amélioré et parle… parler –
ridicule ! Comme si la vache vient et fait meuh meuh. Les améliorés parlent avec la pensée et
plus par la parole – les sons stupides.
Véronique.
Comment ça stupide ?
Irena.
Tout le monde veut. Kevin est certain, comme pour les portables. On dit non au début mais
c’est le progrès. Quelqu’un sans téléphone portable aujourd’hui : ridicule. La même chose
pour les non améliorés. Tout le monde a l’intérêt. Télécommunications. Militaires.
Supermarchés. Gouvernements. On invite nous partout. Kevin parle. Moi je suis là. Serrer la
main, sourire. Jolie tenue de soirée. Chez les militaires, les présidents. Serrer la main, sourire.
Maquillage waterproof. A la Maison Blanche.
Gloria.
Quelle maison ?
Irena.
Tout le monde vraiment intéressé. Kevin a la citation du Molière dans son bureau.
Véronique.
De Molière. Stupide.
Irena.
Ça dit chacun responsable de ce que fait, mais aussi de ce que fait pas. Kevin voit le futur.
Moi je suis à côté.
Andrew se lève.

Andrew.
Ce n’est pas pour me vanter. Tout le monde souffre. Ce serait déplacé. Je ne veux pas faire de
nouvelles prédictions. Ce que j’avais prédit s’est passé ou est en train de se passer. Je viens
pour dire au revoir.
HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive Récemment, sur la première page de la section C du Wall Street Journal, on citait le président d’un hedge fund – un fond de 300 millions de dollars – qui fermait aussi boutique. Il disait : « Ce que j’ai appris du business des hedge funds, c’est que je le déteste. » J’aurais pu le dire. J’ai fait ce boulot pour l’argent. Uniquement pour l’argent. Les petits cons dont les parents ont payé la prépa, Yale et le MBA de Harvard étaient là pour être bernés. Ils ont gravi tous les échelons de compagnies comme AIG, Bearn Stearns, Lehman Brothers, et sont présents à tous les échelons du gouvernement. Cette belle construction aristocratique m’a simplement permis de rencontrer des individus assez stupides pour se trouver de l’autre côté de mes transactions. Dieu bénisse l’Amérique. Je ne vais plus m’occuper de l’argent des autres : j’ai assez à faire avec la gestion de ma propre fortune. Certains seront surpris de me voir abandonner avec si peu de résistance. Je laisse à d’autres le soin d’amasser des fortunes à neuf, dix ou onze chiffres. Un million, cent millions, peu importe. Leur vie est puante : des rendez-vous à n’en plus finir, un agenda rempli à craquer pour les trois mois à venir ; ils se réjouissent de leurs deux semaines de vacances en janvier durant lesquelles ils seront scotchés à leurs Blackberries ou autres gadgets du genre. A quoi ça sert ? On les aura oublié dans cinquante ans. Steve Balmer, Steven Cohen et Larry Ellison seront tombés dans l’oubli. Je ne comprends pas cette histoire d’héritage. Presque tout le monde sera oublié. N’essayez plus de marquer votre temps. Jetez votre Blackberry et profitez de la vie. Je sors du jeu. Je ne réponds plus aux mails. Andy Springer et sa compagnie s’occupera de la dissolution du fond. Ne vous en faites pas pour mes employés, ils ont toujours été employés par la compagnie de Monsieur Springer. Il n’y en a qu’un qui perd son job et il a été bien doté pour son départ. Je n’ai pas du tout envie de prendre part à des affaires. Je n’ai pas vraiment d’opinion au sujet de quelque marché que ce soit en ce moment, sinon que les choses vont continuer à empirer, probablement durant des années. Je suis content de me mettre de côté et d’attendre. Vivre, quoi. Après tout, c’est comme ça, en se mettant de côté, qu’on a fait de l’argent avec la débâcle. A présent j’ai le temps de m’occuper de ma santé détruite par le stress que je me suis imposé ces deux dernières années et ma vie durant – combattant pour me faire une place à l’université et dans mes jobs – face à ceux qui avaient tous les avantages que je n’avais pas, c’est-à-dire de riches parents. A propos du gouvernement américain, je voudrais faire une modeste proposition. Le capitalisme a fonctionné durant deux cent ans, mais les temps changent et les systèmes se corrompent. Georges Soros, un homme d’une immense richesse, a dit qu’il voudrait qu’on se souvienne de lui comme d’un philosophe. Voilà ce que je suggère : que cet homme lance et sponsorise un forum qui réunisse de grands penseurs afin de créer un nouveau système de gouvernement qui représente vraiment l’intérêt de tous, tout en créant des récompenses assez importantes pour attirer les esprits les plus éclairés qui endosseront les rôles gouvernementaux sans devoir recourir à la corruption pour améliorer leur mode de vie. Ce forum pourrait être similaire à celui formé pour créer Linux, le système qui concurrence le quasi monopole de Microsoft. Je crois que c’est une piste. Pour l’instant notre système est tout simplement out. Pendant qu’on m’écoute, je voudrais encore vous parler du chanvre. Le chanvre a été utilisé durant cinq mille ans pour faire du tissu et de la nourriture. Le chanvre n’est pas la marijuana et vice-versa. Le chanvre est la plante mâle et pousse comme de la mauvaise herbe, d’où son nom. Le premier drapeau américain était fait de fibres de chanvre et notre Constitution a été imprimée sur du papier fait de chanvre. Le gouvernement en a fait usage durant la seconde guerre mondiale mais l’a rapidement interdit après la victoire. Tandis que tout le monde parle d’autosuffisance en termes d’énergie, pourquoi est-il illégal de cultiver cette plante dans ce pays ? Ah, la femelle… La mauvaise plante femelle – la Marie-Jeanne. Elle vous fait planer, vous fait rire, ne donne pas mal à la tête. Au contraire de l’alcool, elle ne finit pas en bagarres HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive dans les bars ou en pluie de coups sur une femme. Alors pourquoi cette plante innocente est-elle illégale ? Parce qu’elle rend dépendant ? Non – au contraire de l’alcool, pour lequel on fait tant de publicité dans ce pays. L’Amérique corporative, à qui le Congrès appartient, vous vendra plus volontiers du Paxil, Zoloft, Xanax et autres drogues, plutôt que de vous permettre de cultiver une plante chez vous sans que les bénéfices ne remplissent leurs coffres. Cette politique est ridicule. Elle a sûrement contribué à notre dépendance face à des sources d’énergie étrangères. Alors, s’il vous plaît, arrêtez la rhétorique et commencez à penser aux moyens que nous aurions de devenir autosuffisants. Avec ça, je vous dis au revoir et bonne chance. HAUT VOL / Odile Cornuz / novembre 2008 / version définitive

Source: http://www.odilecornuz.ch/wp-content/uploads/2013/07/Haut_vol_OdileCornuz_fr.pdf

Traits of a healthy safety culture

Document INPO 12–012 April 2013 Traits of a Healthy Nuclear Safety Culture Revision 1 OPEN DISTRIBUTION OPEN DISTRIBUTION: Copyright © 2012, 2013 by the Institute of Nuclear Power Operations. Not for sale or commercial use. All other rights reserved. NOTICE: This information was prepared in connection with work sponsored by the Institute of Nuclear Powe

Microsoft word - 19990822gil/elper

[Publicado en El Periódico de Aragón, 22-VIII-1999] PP, PSOE, GIL La temperatura política del país suele bajar en agosto, pero parece que también aquí llega el cambio climático a tenor de sucesos como los de Ceuta, Melilla y el GIL. Pero ¿qué pasa con los partidos democráticos y el GIL? Los hechos tienen su lógica, oculta por el juego de mensajes y contramensajes ante los medi

Copyright © 2010-2014 Drug Shortages pdf